Livres de voyages anciens

Lire et interpréter des livres anciens

Ayant acheté une liseuse pour un voyage de plus de deux mois sur la péninsule ibérique, j’ai trouvé mon bonheur dans les livres numériques libres de droits axés sur les thèmes des récits de voyage du 17e au 20e siècle. Ces livres donnent accès au savoir du temps où ils avient été écrits, mais comme ils sont contemporains de ce temps, ils donnent des informations plus précises que nos cours d’histoire-géo (dont on ne se souvient plus). Deux exemples concrets:

  • Un agronome britannique voyage en France dans les années 1787 à 1789. Juste lors de la Révolution, il se trouve à Paris et côtoie les réunions du Tiers État en tant que spectateur critique. Il décrit que ce sont souvent les thèmes des orateurs à la voix la plus forte qui l’emportent. Lors de ses périples dans les provinces françaises de ce temps, il s’étonne qu’il voyage plus vite que les informations ne suivent de la capitale. Il est unique d’avoir une telle vue intérieure de ces événements sans qu’ils soient traduits, réduits ou interprétés par des historiens.
  • Un corsaire français décrit sa vie de manière auto-biographique. Il passe dans les Îles Caraïbes, fréquente des cours royales de France, Danemark et d’autres. Il décrit ainsi que les corsaires étaient des pirates d’état, avec une règle de conduite et uniquement actifs lors de guerres. Durant les époques de paix, ils se reconvertissent en navires marchands ou de pêche. L’épopée cinématographique et fantastique des “Pirates des Caraïbes” y trouve quelques bases fondées.

Ces livres de voyages sont par leur actualité d’antan à comparer aujourd’hui à des blogs de voyage pour les détails pittoresques et à des chaînes de télévision en continu lorsqu’ils retracent des événements de leur temps. Cette vue sur un temps passé permet d’y replonger sans pré-connaissances, car souvent ces livres était à l’époque destinés au grand public. Ainsi un livre intitulé “Une Archéologue en Perse” ne se perd pas dans des considération scientifiques, il donne aussi des informations complètes sur les mœurs su pays, les conditions de voyage et il n’est pas avare en anecdotes personelles ou situations captivantes.

Bien sûr, ces livres datent du temps de leur rédaction et contiennent parfois aussi du savoir révolu, voire parfois des expressions ou un vocabulaire que l’on qualifierait aujourd’hui d’inadéquat. Ainsi un livre contemporain de la colonisation de Martinique et de la Guadeloupe est forcément raciste. Mais cette description honnête et cruelle retrace des faits réels de la Traite Négrière et démontre clairement que la l’esclavage était un facteur économique sans lequel la colonisation n’aurait pas été possible. Ces facettes de ce crime contre l’humanité ne sont pas souvent ainsi éclairés.

La liste ci-dessous donne des courts aperçus des livres que j’ai lu. Ils sont loin de former une critique littéraire, mais peut-être donnent-ils envie de lire l’un ou l’autre livre et de replonger dans ces siècles passés. Plus les livres sont anciens, plus rares ils se font et plus aléatoire est leur langue. Dans ce cas, il faut du courage pour les lires jusqu’au bout. Pour les sources, on peut se reporter à cette liste d’e-books (en angais). J’inclus ici aussi des livres lus en allemand ou en anglais. Certains livres listés ici sont des fictions, mais leur style est parfaitement compatible avec les vrais récits de voyage. La liste est en travaux et présentée dans l’ordre d’ancienneté. Un titre entre guillemets est un titre d’origine du livre. Toutes les illustrations de cette page sont libres de droits (droits d’auteurs expirés), sauf mention spéciale.

Régions traitées:

Recueils de plusieurs voyages

Un accès pratique et facile à la littérature de voyage sont des recueils regroupant plusieurs voyages ou voyageurs. Chaque livre ou chaque personne sont résumés en quelques pages dans un style uni et donc plus facile à lire que les gros volumes d’origine.

“Les Grandes Voyageuses”

Marie Dronsart

Monde

Période des voyages du 18e au 19e siècle, date de parution 1894. Original français.

Environ 2x 140 pages, organisé en chapitres par pays d’origine des femmes voyageuses, gravures tirés des livres traités.

Carla Serena

C’est un livre en deux volumes positivement féministe, il met sur la première scène les femmes voyageuses et ce indépendamment si elles voyageaient vraiment seules ou si elles étaient les bons scribes qui accompagnaient leurs maris en mission (souvent officielle). Ce qui leur est commun ici: elles ont toutes publiés des livres relatant leurs voyages à leur nom. C’est de ces livres que sont tirés les résumés de leurs voyages. Ce recueil date cependant de 1894 et il est de ce fait aussi historique. Il y a bien sûr bien d’autres voyageuses qui sont venues après!

Les données sur les femmes sont parfois manquantes, dans la liste plus bas se trouvent les noms complétés et corrigés. L’année donnée n’est qu’approximative, surtout si plusieurs voyages s’enchaînent. Beaucoup de ces livres sont disponibles en français ou anglais. Les liens pointent vers des descriptions présentés sur cette page.

Liste des femmes présentées et leur zones d’exploration dans l’ordre présenté dans le livre:

  • France
    • Alpes (~1840) Henriette d’Angeville
    • Caucase, Turquie (~1840) Adèle Hommaire de Hell
    • Pérou (1741) Isabel Godin des Odonais
    • Spitzbergen (1839) Léonie Briard (Léonie d’Aunet)
    • Sibérie orientale (1848) Lise Cristiani
    • Sibérie (1862) Catherine de Bourboulon
    • Iran, Espagne, Maroc, Égypte, (1883) Jane Dieulafoy
    • Inde, Cachemire, Tibet (1880) Marie Ujfalvy-Bourdon
    • Caucase, Arménie (1890) Mme. B. Chantre
  • Espagne
    • Amérique du Sud, Espagne (~1620) Catalina De Erauso (Nonne Alferez)
  • Belgique (faussement indiqué Italie dans le livre)
    • Caucase, Perse, Scandinavie (1860) Carla Serena (Caroline Hartog Morgensthein)
  • Autriche
  • Pays-Bas
    • Norvège, Afrique du Nord, Sahara (~1860) Alexandrine Tinné
  • Grande-Bretagne
    • Turquie (~1740) Mary Wortley Montagu
    • Liban, Syrie (~1810) Esther Stanhope
    • Tours du Monde (~1870) Anna Brassey (Annie Allnutt)
    • Tours du Monde, Inde, Océan Pacifique (~1890) Constance Gordon-Cumming
    • Afrique du Nord, Asie, Australie (~1880) Isabella Bird
    • Nouvelle Zélande, Afrique du Sud, Caraïbes  (~1880) Mary Anne Barker (Broome)
    • Moyen-Orient (~1860) Anne Blunt
    • Europe, Constantinople (~1880) Frances Minto Elliot
    • Égypte (~1865) Lucie Duff-Gordon
    • Égypte, Constantinople (1863) Emmeline Lott
    • Amérique du Nord, Thaïlande, Australie, Malaisie (~1860) Anna Leonowens
    • Malaisie (~1880) Emily Innes
    • Patagonie, Afrique du Sud (~1875) Florence Dixie
    • Égypte, Dolomites (~1870) Amelia Ann Blanford Edwards
    • France (~1890) Matilda Betham-Edwards
    • Syrie, Arabie, Égypte; Palestine (~1870) Isabel Burton (Arundell)
    • Tibet (~1860?) Mme. Bridges (?)
    • Afrique orientale (~1880) Mme. Hore (?)
    • Chypre, Turquie (~1880) Esme Scott-Stevenson
    • Alpes (~1885) Elizabeth Burnaby-Main-Le Blond
    • Alpes (~1880?) Katharina Richardson
    • Bassin de l’Amazone, Andes (~1875)  Marion McMurrough (M. G. Mulhall)
    • Tours du Monde (~1860) Marianne North (Hastings)
    • Nouvelle Zélande, Sibérie (~1890) Kate Marsden
    • Inde, Canada (~1880) Hariot Hamilton-Temple-Blackwood (Marquise de Dufferin et Ava)

Livres de voyages véridiques

L’auteur est soit le voyageur ou la voyageuse, soit il s’agit de comptes rendus d’autrui, surtout si l’expédition s’était soldé par un échec. J’inclus ici des textes (plus ou moins romancées) sur des régions faites dans un but descriptif sans que l’auteur y ait forcément voyagé.

“Relation de l’Islande”

Isaac de La Peyrère

Islande

Date de parution 1663. Original français.

Environ 45 pages, illustré d’une carte. Écrit en français du 17e siècle avec certaines particularités grammaticales expliqués par l’auteur en avant-propos.

Carte jointe au livre (cliquer pour agrandir)

Une “relation” est un exposé ou un rapport sur un thème. Dans le cas présent, ce voyageur, diplomate, littérateur, théologien et exégète biblique de Bordeaux rassemble pour la cour française les connaissances du temps sur l’Islande (il y a un texte semblable de lui sur le Groenland). Il n’a cependant jamais mis le pied sur l’île. C’est un document flagrant de l’ignorance et des préjugés de ce temps. Il commence par des longs louanges subalternes au prince auquel ce texte est dédié. Bien 80% du contenu ne traite que des théories bibliques du peuplement de l’Islande (en commençant par les fils d’Abraham), de théories hallucinantes sur l’histoire du peuple islandais alors qu’il existait à l’époque déjà des relations commerciales stables et des connaissances plus sérieuses. En réduisant le contenu aux faits, on pourrait le condenser sur deux pages seulement.

Mais ce texte ouvre les yeux sur l’état des connaissances médiocres du 17e siècle, alors que nous nous trouvons à la fin de la Renaissance qui incluait aussi un volet historique et scientifique. Il met aussi en lumière indirectement l’hardiesse des explorateurs et voyageurs de ce temps, qui partaient vraiment dans l’inconnu. La Relation de l’Islande indique à peu près la position de l’île, mais ses distances intérieures sont complètement fausses, il n’y a aucune information pratique pour accoster, s’approvisionner etc.

“Voyage aux Îles Françaises de l’Amérique”

Jean-Baptiste Labat

Îles Caraïbes

Période des voyages 1694-1705, date de parution 1722. Original français.

Environ 200 pages, pas d’illustrations. Publié sous le nom de R. Père Labat. Écrit en français assez moderne.

Ce simple religieux est envoyé à ces îles colonisés par la France pour “l’éducation et le suivi spirituel” des colons. Diverses congrégations catholiques se concurrencent et celle qui s’implante la première dans un hameau y érigera plus tard une première église et s’imposera.  L’auteur décrit son voyage qui dépend entièrement de sa fonction. Il passe la plupart du temps en Martinique et sur Basse-Terre en Guadeloupe, mais il entreprend aussi des voyages dans divers îles de la Mer Caraïbe indépendamment de leur nationalité (française, britannique, néerlandaise ou indigène).

Ce livre ouvre surtout les yeux sur deux thèmes rarement traités de cette manière si directe et franche:

  • La fonctions des congrégations catholiques dans la colonisation: souvent ce sont les premières qui arrivent avec ou peu après les colons, elles organisent des structures et donnent quelque éducation aux enfants (soumettre tout le monde au baptême semble essentiel). L’autorité de l’état est très souvent absente ou en cas de guerre elle contrevient à l’action des églises. Il ressort cependant du récit que la colonisation n’aurait pas été possible sans le concours massif des églises, ce sont ces prêtres qui ont maintenu les voies de communication, souvent ils étaient aussi impliqué directement dans le commerce, le trafic et et la traite négrière.
  • Les colons sont décrits dans ce livre comme des gens normaux de toutes sortes d’origine qui s’enrichissent assez rapidement dans les Îles. On voit aussi très clairement que ce n’est possible qu’avec les esclaves. Le Père Labat donne certes quelques conseils à peu près humains (comme de les nourrir convenablement), mais il ne réprime jamais un colon pour ses cruautés envers les populations esclaves. Il se borne à remarquer que ce “n’est pas économe de maltraiter ses esclaves”, le tout est accompagné de prix des esclaves et mis en relation avec les bénéfices des sucreries. L’incompréhension et le manque d’empathie de l’auteur ecclésiastique ressort surtout dans une scène où il décrit qu’un de ses propres esclaves se laisse effectivement mourir par le du mal du pays (le Ghana). Il s’agit d’un garçon n’ayant même pas atteint l’âge de l’adolescence.

Ces vérités sont décrites comme “normales” et elles l’étaient sans doute dans ce temps. Le peu de réflexion, de la part d’un prêtre paraissant sinon assez humain, laisse cependant perplexe. Hormis ces passages peu plaisants, on retrouve dans les descriptions des lieux que l’on connaît peut-être de ses passages lors des vacances. Beaucoup de noms datent de ce temps et sont expliqués dans ce livre (comme par exemple “Vieux-Habitants”).

Couvent des Jacobins au bourg St. Pierre de la Martinique, 1704

“Journal du corsaire Jean Doublet”

Jean Doublet

Océan Atlantique, Mer Baltique

Période des voyages 1663-1711, date de parution 1887. Original français.

Environ 280 pages, pas d’illustrations. Édité à Paris en 1887. Titre complet: “Journal du corsaire Jean Doublet de Honfleur, Lieutenant de frégate sous Louis XIV,  publié d’après le manuscrit autographe, avec introduction, notes et additions par Charles Bréard”. L’introduction est en français moderne, le texte principal a été corrigé sommairement au 19e siècle, mais reste plein de fautes, presque tous les mots apparaissent au fil du livre sous diverses formes orthographiques des plus originales. Les phrases peuvent être extrêmement longues.

Il s’agit d’une translittération des livres de bord faite par ce capitaine de navire lors de sa retraite et sur demande de sa famille. Jean Doublet n’a jamais été à l’école et ce texte n’était pas destiné à être publié. Cependant en lisant de manière vocale, on arrive assez bien à suivre le fil de cette longe épopée par les mers et par les guerres. En gros, il décrit sa vie qui est axée sur ses voyages au long cours entre Honfleur et ses destinations marchandes et stratégiques allant de la Terre Neuve à la Mer Méditerranée, à la Mer Baltique, aux Caraïbes, aux Açores, et aux côtes de l’Afrique de l’ouest pour la traite négrière.

Signature de Doublet

Il n’est pêcheur et marchand qu’aux heures creuses (donc en temps de paix) et arrive même durant ces temps à se chamailler avec les pirates maghrébins. Il décrit ces périples comme son quotidien, mais chaque départ est une expédition périlleuse et les morts se comptent par dizaines à chaque fois. Il coule plus d’un navire dont il est en charge. Miraculeusement, il survit à chaque assaut, même en se chargeant d’expéditions hasardeuses pour le compte du roi de France.

C’est en cas de guerre qu’il accumule sa gloire non sans prendre beaucoup de risques. Dans ce livre est clairement décrit le fonctionnement des corsaires: ce sont de privés qui s’arment et qui chassent tout navire de nation ennemie. Ils ont une règle de conduite qui se résume en ne pas tuer les équipages adverses et à les ramener sur terre (les morts et blessées lors des abordages ne comptent pas). Le butin doit être ramené en France (pour les corsaires français) où il est inspecté puis partagé entre l’état et le corsaire. En cas de bavure, le navire est restitué (même en cas de guerre). Cette guerre commerciale privatisée a pour conséquence que tous les navires de ce temps sont armés de canons, même les simples navires de marchandise.

“Voyage autour du Monde”

Louis-Antoine de Bougainville

Patagonie, Tahiti, Indonésie

Période du voyage 1766-1769, date de parution 1771. Original français.

Environ 140 pages, illustré de quelques cartes dans la version originale mais pas disponible dans les versions numériques. Titre complet: “Voyage autour du Monde par la frégate la Boudeuse et la flûte l’Étoile en 1766, 1767, 1768 & 1769”. Ecrit en français assez moderne.

Ce livre est le journal de voyage du premier tour du monde français. L’expédition scientifique est bien dotée, mais des erreurs diverses parsèment leur chemin. Ainsi ils s’engagent trop tard dans la saison dans le détroit de Magellan, naviguent souvent à l’aveuglette. Cependant cette manière de naviguer nous apprend beaucoup sur la population de l’Argentine actuelle et la Patagonie, on y vivait dans un pauvreté extrême.

Les marins réussissent l’exploit d’être atteints de scorbut dans les îles du Pacifique parce qu’ils se bornent à ne pas pêcher du poisson frais. Ils perdent beaucoup de temps pour des raisons diplomatiques parce qu’ils passent dans des zones du monopole néerlandais des épices d’Asie. Ce volet documente assez bien l’état du commerce au 18e siècle: l’exploitation des pays du sud, le monopôle, la monoculture et la globalisation existaient bien avant notre ère actuelle. Bougainville explique la pratique des Néerlandais dans la future Indonésie: ils concentrent la culture d’une épice sur une seule île et éradiquent toutes semences sur les autres îles. Il y a donc autour beaucoup d’îles dénudés de plantes aromatiques, puis au centre il y a une île pour le poivre, une pour la cannelle, une pour le cumin etc. Ils contrôlent ainsi les populations locales qui deviennent complètement dépendantes et la défense militaire des rares îles productrices est rendue plus facile. La  Compagnie néerlandaise des Indes orientales monopolise complètement le transport et la commercialisation des épices vers l’Europe.

L’expédition passe aussi à Tahiti, mais ici la description de Bougainville quitte complètement le terrain rationnel. Son portait de la société tahitienne est complètement idyllique et libertaire à tous les niveaux, y compris sexuels. On ne peut expliquer ce déraillement que par les difficultés et exaspérations que l’expédition avait vécue avant son arrivé dans à Tahiti.

Route de Bougainville autour du Monde (cliquer pour agrandir)

À la cime du Mont-Blanc

Horace Benedict de Saussure

Chamonix

Période des voyages 1786-1787, date de parution 1926. Original français.

Environ 180 pages avec quelques illustrations regroupant deux titres: “Journal d’un voyage de Chamouni à la Cime du Mont Blanc en juillet et aoust 1787” et “L’Ascension du Mont-Blanc” (extraits). Basée sur des éditions de 1899 et 1926. Le français employé est moderne (sauf que les distances n’ont pas été traduits en système métrique).

Un journal, donc un récit jour par jour de l’ascension méticuleuse du Mont-Blanc par  Saussure alors qu’il avait déjà 47 ans. Il donne une description précise des voies d’accès, nomme les dangers, mais ne laisse pas de côté des détails personnels qui rendent la lecture aisée. C’est un livre pour tous les randonneurs et alpinistes.

“Voyages en France pendant les années 1787, 1788, 1789”

Arthur Young

France

Période des voyages 1787-1789, date de parution 1792. Original anglais, version française complète.

Environ 270 pages, pas d’illustrations. Première édition en anglais en 1792. Version française de 1882. Écrit en français moderne.

Cet agronome anglais part en France pour étudier l’agriculture en France. Il choisit un bien mauvais moment pour son but. L’économie est à l’arrêt, les récoltes sont mauvaises ou pourrissent sur les champs, beaucoup de terres restent incultes. Nous sommes à la veille de la Révolution française dont les origines sont basés sur ce mauvais état de la France. Son récit forme une description complète de l’agriculture, de la société, des routes et des mœurs de ce temps. Ce texte est d’autant plus valeureux, qu’en ce temps personne n’avait pris la peine de décrire la France, surtout pas les français eux-mêmes.

Vers la moitié du livre, l’auteur trébuche en plein dans la Révolution. Il se trouve à ce moment même directement à Paris et participe en tant que spectateur critique à des réunions que nous connaissons de nos cours d’histoire comme le Jeu de Paume. Or ici n’est pas présenté le résultat de ces débats, mais comment ils sont tenus, leur longueur, la rhétorique employé et le simple fait que les parleurs avec la plus forte voix et la plus longue haleine sont souvent ceux qui font passer leurs idées en fin de journée. Arthur Young n’hésite pas d’interpréter politiquement ce qui se passe durant ces jours à Paris et de critiquer les grands noms comme Jacques Necker et tous les orateurs révolutionnaires.

Il ne reste cependant pas à Paris et continue son voyage où il documente la Révolution en province. Il s’étonne du retard d’information de plusieurs semaines sur des distances assez minimes comme Metz. Ce qui reste surtout documenté est la pauvreté, la désinformation de la population (par les deux partis), la corruption et l’imposition extrêmement inégale du système qui chutait 1789.

Carte des trois voyages de Young (cliquer pour voir la source sous persee.fr)

Voyage en Scandinavie du nord et en Islande

Ida Pfeiffer

Copenhague, Stockholm, Islande

Période du voyage 1845, date de parution 1846. Original allemand.

Environ 2x 120 pages, contient une carte. Titre allemand: “Reise nach dem skandinavischen Norden und der Insel Island”. Texte en allemand, il ne semble pas exister de texte en français, mais il existe une version anglaise. Un résumé en français se trouve dans le livre Les grandes voyageuses de Marie Dronsart, 1894, 1er tome. Ce livre est disponible en version numérique.

Ce récit de voyage émane d’une bien singulière personne. Cette femme, approchant la cinquantaine, part seule, avec peu d’argent sur des voies certes connues à l’époque, mais quand même encore très sauvages et difficiles. Elle n’est aidée d’aucune protection particulière, négocie elle-même toutes le formalités et difficultés. Ce n’est pas son seul voyage, elle fera encore deux tours du monde et entreprendra une véritable expédition à Madagaskar à 59 ans.

Sa manière d’écrire est un peu âpre et sans émerveillement. Il est cependant amusant de retrouver des sites que l’on a soi-même visité 165 ans plus tard.

Le volcan Hekla, tiré de la version anglaise

“Les îles, promenades dans le Golfe Saint-Laurent”

Narcisse-Henri-Édouard Faucher de Saint-Maurice

Golfe de Saint-Laurent, Quebec

Période des voyages décrits 16e au 19e siècle, date de parution 1888 (?). Original français.

Environ 130 pages, sans illustrations. Titre complet: “Promenades dans le Golfe Saint-Laurent: une partie de la Côte Nord, l’île aux Œufs, l’Anticosti, l’Île Saint-Paul, l’Archipel de la Madeleine”. Texte en français moderne mais en se transposant dans les siècles précédents, l’auteur utilise quelques tournures anciennes.

Portrait de Faucher

C’est un bien curieux livre. L’histoire imaginée est axé sur un voyage sur un bateau vapeur qui visite et ravitaille les gardiens de phares dans l’embouchure du Saint-Laurent. Pendant ce tour est retracé par les membres du navire l’histoire de la navigation du bas Saint-Laurent, qui est surtout marquée par des naufrages et des catastrophes de grande envergure. Tout le monde y passe, les anglais ennemis du 18e siècle, les explorateurs français du 17e siècle ou les simples pêcheurs du 19e siècle. Le tableau est assez macabre et conte en partie des faits historiques et quelques cas semblables (mais qui ne trouvent pas de preuve ailleurs). Cependant, cet auteur surenchérit gravement sur les faits, dépeint les souffrances avec tout le folklore fantastique chrétien (par exemple un calviniste renié et devient catholique en mourrait de faim et de froid). Le nationalisme anti-britannique est aussi flagrant, bien que le fatidique Traité de Paris (1763) soit passé de plus de 100 ans à la publication de ce livre.

Le texte serait de nos jours sans doute traduit en film épique au cinéma. En mettant de côté les exagérations fantaisistes, on gagne cependant une bonne impression de la dureté de la navigation sur cet accès principal à la Nouvelle-France. On apprend aussi les difficultés (et les erreurs faites) lors et après des naufrages (comme de se terrer au lieu d’avancer et de chercher à chasser du gibier à la tombée de l’automne).

Quelques catastrophes décrites dans ce livre:

  • 1711 Expédition Walker (faits véridiques)
  • 1818 Vapeur le Granicus (sans autre documentation)
  • 1868 Goélette armée la Canadienne (faits véridiques)
  • 1880 (?) Goélettes américaine de pêche en contre-bande au flétan et au morne (sans autre documentation)

Sept années en Afrique du Sud

Emil Holub

Afrique du Sud, Botswana

Période du voyage 1871-1879, date de parution 1880. Original allemand.

Environ 2x 410 pages, avec beaucoup de gravures. Titre allemand: “Sieben Jahre in Süd-Afrika”, sous-titre: “Erlebnisse, Forschungen und Jagden auf meinen Reisen von den Diamantenfeldern zum Zambesi (1872-1879)”. Il ne semble pas exister de texte complet en français. La version allemande est assez moderne, il s’agit d’un traduction de l’original tchèque.

Ce médecin, cartographe et ethnologue est dès son enfance fasciné par l’Afrique dont il explorera la partie sud jusqu’au Zambèze en sillonnant la région sept années durant. Ce n’est pas le fils d’une riche famille. Il fait ses études de médecine et, avec quelques économies, il part en Afrique du Sud où il s’établit de suite comme médecin afin de financer ses expéditions dans l’arrière-pays. Il répétera cette méthode plusieurs fois lorsqu’il il est à court d’argent. Il vit donc tout près de la population et il la décrit très honnêtement. À plusieurs reprises, il se lance en expédition sur des chariots de bœufs et donne des longues explications sur la structure le l’Afrique “indigène”, avec ses royaumes, ses tyrans, ses tribus qui se déplacent selon les saisons ou les aléas guerriers. Il décrit aussi que certains peuples africains tenaient d’autres à tribut ou carrément en esclavage et que ce système était ancestral. Les européens à l’ouest (avec le trafic triangulaire) et les arabes l’est (avec le même système dans la Mer Rouge et la Mer d’Arabie) n’ont donc rien inventé.

Les gravures sont basées sur des dessins de l’auteur.

“L’expédition de la Jeannette au Pôle Nord”

Jules Geslin

Alaska, République de Sakha (Yakoutie)

Période du voyage 1879-1881, date de parution 1883. Original français.

Environ 2x 440 pages, pas d’illustrations. Titre complet: “L’expédition de la Jeannette au pôle nord racontée par tous les membres de l’expédition; ouvrage composé des documents reçus par le New-York Herald de 1878 à 1882, traduits, classés, juxtaposés”. Le récit est segmenté en plusieurs sections suivant les sources. Il y a aussi une version courte d’environ 280 pages, des versions en d’autres langues et des récits plus romancés.

Cette expédition au Pôle Nord s’inscrit dans la volonté d’explorer les dernières parties blanches sur les cartes et dans la course des nations à emporter des derniers succès. Cette entreprise, qui échoue avec la perte du navire et de la moitié de l’équipage, se situe à un tournant décisif de l’exploration des zones arctiques. D’une part cette expédition est partie sous des fausses prémisses, avec un navire mal adapté et un capitaine pas du tout préparé à un possible échec, ce qui a entraîné une suite de mauvaises décisions. D’autre part, c’est une des premières expéditions a être financée conjointement par un état (les États-Unis) et un privé sans intérêt commercial direct. Ce dernier est le propriétaire d’un grand journal et de ce fait l’expédition est suivie de près par des reporters. Quand les premières informations de l’échec sont connues, un correspondant est envoyé sur place par la voie de terre par l’Europe, Moscou et Irkoutsk, ce qui n’est pas une mince affaire à cette époque.

C’est cette couverture médiatique qui sert de base au rapport publié par Jules Geslin. Il s’agit de fragments basés sur les reportages et sur les notes conservés du capitaine et d’autres membres de l’équipage. Bien sûr, pour la partie fatidique, la mort dans le delta de la Léna, le texte ne fait qu’interpréter les traces trouvées. Mais l’image de l’échec et des erreurs est complète.

Le navire porte un nom français, mais il s’agit d’une expédition purement américaine.

L’expédition présente d’autres conséquences positives: elle sert de base à des nouvelles expéditions modernes, laissant derrière eux toutes les erreurs documentées ici, notamment en ce qui concerne l’alimentation et la construction des bateaux étant destinés à être bloqués par les glaces. En particuliers Fritjof Nansen tirera profit de ce savoir, il exploitera même des débris de la Jeannette trouvés au Groenland pour prouver la dérive de la calotte glacière avec son Expédition Fram.

La Jeannette sombre, tiré d’une version anglaise du récit de voyage

Route de la Jeannette avant et après avoir sombré (cliquer pour agrandir)

“Une archéologue en Perse”

Jane Dieulafoy

Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan, Iran, Irak

Période des voyages 1881-1883, date de parution 1887. Original français.

Edition Hachette, Paris. Environ 4x 160 pages, beaucoup de gravures. Écrit en français moderne (peu de virgules cependant). Titre de la première parution: “La Perse, la Chaldée, la Susiane”.

Publié en quatre parties et regroupant un voyage en Iran dans les années 1880. Le récit est journalier et décrit en détail toute la route qui passe pour l’aller par le Caucase. Cette femme énergique accompagne son mari dans l’exploration architecturale de l’ancienne Perse et le suit dans toutes ces explorations. Elle décrit les sites visités comme on les décrirait de nos jours dans un guide de voyage. Cette partie forme en gros 2/5 du récit. Plus de la moitié occupe les détails du voyage avec les tracas quotidiens, les visites chez divers dignitaires religieux, royaux et administratifs. Elle trace l’image d’un Iran fier mais étouffé par la corruption et les règlements absurdes. Elle décrit des mollahs ignorants et incultes qui fanatisent la population contre les chrétiens (donc aussi les voyageurs) et ces descriptions ressemblent très fort au fanatisme décrit après la Révolution Islamique de 1979. On découvre dans le récit de 1887 aussi des actes barbares perpétrés contre des ennemis par le pouvoir des chahs, on y voit que l’État Islamique, actif en Irak et en Syrie dans les années 2010, n’avait en fait rien inventé, tout ceci existait bien avant.

Ces quatre livres sont écrits dans un style gai, parfois sarcastique. Jane Dieulafoy n’hésite pas à s’y critiquer soi-même ou son mari. Il semble que c’était vraiment une femme en avance sur son temps, il n’y a qu’à voir l’explication qu’elle donne en introduction pour justifier qu’elle accompagne son mari: “Ces premières difficultés vaincues, quelques amis bien intentionnés tentèrent de me détourner d’une expédition, au demeurant fort hasardeuse, et m’engagèrent vivement à rester au logis. On fit miroiter à mes yeux les plaisirs les plus attrayants. Un jour je rangerais dans des armoires des lessives embaumées, j’inventerais des marmelades et des coulis nouveaux ; le lendemain je dirigerais en souveraine la bataille contre les mouches, la chasse aux mites, le raccommodage des chaussettes. Deux fois par semaine j’irais me pavaner à la musique municipale. L’après-midi serait consacré aux sermons du prédicateur à la mode, aux offices de la cathédrale et à ces délicates conversations entre femmes où, après avoir égorgillé son prochain, on se délasse en causant toilettes, grossesses et nourrissages. Je sus résister à toutes ces tentations. À cette nouvelle on me traita d’originale, accusation bien grave en province; mes amis les meilleurs et les plus indulgents se contentèrent de douter du parfait équilibre de mon esprit. L’heure approchait. De pieuses mains suspendirent à notre cou des scapulaires, des médailles les mieux bénies, des prières contre la mort; je fermai les malles et nous partîmes.

Le livre contient beaucoup de gravures de monuments, d’hommes et quelques cartes. Ces gravures sont basés sur des photos, Jane Dieulafoy maniait un grand appareil et développait les clichés elle-même durant ses voyages. Sa curiosité et son hardiesse l’amènent dans les chambres des femmes et elle nous présente des personnes dévoilées impossibles à voir sinon en public.

Expédition Fram

Fritjof Nansen

Krasnoïarsk, Sakha (Yakoutie), Mer de Barents, Océan Arctique, Terre François-Joseph, Svalbarð, Tromsø

Période des voyages 1893-1896, date de parution 1897. Original norvégien, traductions allemandes et françaises complètes.

Environ 2x 500 pages, plusieurs gravures et cartes. Titre complet: “In Nacht und Eis. Die Norwegische Polarexpedition 1893-1896”. Titre français “Vers le pôle”. Plusieurs versions de différentes longueurs en differentes langues. La version de 1897 est la plus complète.

La version longue du récit est vraiment longue, surtout lors de la période où l’équipage est pris dans les glaces. Fritjof Nansen avait levé les fonds pour son expédition avec l’argumentation d’atteindre le pôle nord avec la dérive des glaces en se laissant enfermer par celles-ci au nord de la Sibérie. Il base sa théorie sur le fait que des débris de la Jeannette (qui avait sombré plus au nord-est) avait été retrouvés sur les côtes ouest du Groenland. De plus, on y retrouve régulièrement des troncs des forêts sibériennes et des glaces contenant des alluvions fluviales des deltas de la Sibérie. Avec ces faits, il est sûr de passer dans la bonne direction, mais il n’a aucune certitude quel chemin prendra la glace qui le tient prisonnier:

  • Le passage par le pôle nord est souhaité, cependant on n’y connaît pas la profondeur de la mer, certains croient y trouver des rochers. Il serait fatidique que le navire, pris dans les glaces, soit raboté par des bas-fonds. De ce fait, l’équipage sonde en permanence, ne découvre cependant que des fonds vaseux et profonds.
  • La dérive peut aussi bien ramener le bateau vers la rive sibérienne, ce qui n’est pas moins risqué, surtout à hauteur de la Terre François-Joseph rocheuse et aux côtes nord inconnues alors.
  • Si le navire Fram suit les débris de la Jeannette, il pourrait aussi passer au nord du Groenland et y rester coincée très longtemps.
  • Nansen espère que le navire pourra se libérer vers l’Atlantique Arctique entre Spitzbergen et le Groenland. Cela se passera effectivement ainsi, non sans aide active de l’équipage et du moteur à vapeur pour se libérer à temps des glaces.

Il s’agit d’une des premières expéditions modernes tirant profit de tout le progrès technique et scientifique. Le navire est construit exprès pour résister à la pression de la glace, il a une bonne isolation thermique, il est doté de vivres pour cinq années, le menu est divers et inclut des légumes et du jus de citron contre le scorbut (qui ne frappera pas l’équipage). La plupart des équipements sont disponibles en multiples versions, le moteur du navire fonctionne avec du charbon et des huiles de morse. Il y a même l’électricité sur le navire grâce à une dynamo reliée à un “moulin” installé sur le pont et des grosses batteries. En dépit des risques pris, le bon choix de l’équipage et du matériel feront de cette expédition un succès, même si elle n’atteint pas le pôle nord. Tous les membres de l’équipage reviendront sains et saufs. Le navire servira plus tard à d’autres expéditions.

Nansen est quand même téméraire et risque gros lorsqu’il prend la décision de scinder l’expédition. Lorsqu’il se rend compte que la dérive le fait passer bien loin du pôle, il part avec un seul co-équipier, des chiens et des traîneaux à pied à travers la banquise. La distance est énorme et la glace est dans état catastrophique. Après deux infructueux départs pour surcharge, il prend enfin l’assaut pour le nord. À ce moment, il est certain qu’il ne recroisera plus le navire Fram et qu’il devra renter à pied du pôle vers Spitzbergen. Pour cela, ils emportent des canoës construits en bambou et couverts de peaux de phoques.

Quand ils voient que le pôle reste hors d’atteinte, ils commencent à rebrousser chemin. Ils n’ont plus de nourriture pour leurs chiens et commencent à les tuer un à un. Cependant ils oublient à un moment fatidique de remonter leurs montres, ce qui a pour conséquence qu’ils ont une incertitude de plus d’une heure pour fixer leur position est-ouest (longitude). Lorsqu’ils arrivent au bord sud de la glace, ils embarquent sur leurs frêles canoës et se dirigent vers une côte qui leur est inconnue. Ils doutent très longtemps de leur position, avancent difficilement contre le vent et les glaces qui les éloignent de terre. Leur progression est si lente, qu’ils doivent hiberner sur une île rocheuse sans aucun bois disponible. Ils construisent une hutte de pierres et la couvrent de peaux de morses gelés. Les deux compères y vivent d’ours polaires et morses tués en automne et se chauffent en brûlant leur graisses. Ils se terrent ainsi plus de six mois avant de reprendre leur périple. Ce n’est qu’en retrouvant une station de recherche anglaise plus au sud qu’ils ont la certitude d’avoir traversée les îles de la Terre François-Joseph. Cette “terre” porte mal son nom, on croyait en effet jusqu’au passage involontaire de Nansen qu’il s’agissait d’une très grande île couverte d’une calotte glacière. Or ce n’est qu’un amas d’îles.

Pendant ce temps, le Fram dérive de manière irrégulière vers l’ouest avec le reste de l’équipage. Les journées s’y font longues, mais on se tient à un programme strict avec des sorties et des relevés journaliers. Ils ne peuvent pas faire des longues sorties sur la glace, car Nansen avait emporté  tous les chiens, un des seuls divertissements possibles fait aussi défaut: très peu d’animaux se montrent pour être chassés. Même les ours polaires restent invisibles. Ils ont cependant tous les instruments nécessaires pour déterminer leur position et lorsqu’ils voient qu’ils ont dépassé Svalbarð, ils mettent tout en œuvre pour regagner la mer libre plus au sud. Ce combat avec la glace dure plusieurs semaines, mais sera couronné de succès. Il reste un point crucial: est-ce que la navire restera à flot? Il avait été malmené par les glaces et des voies d’eau sont constamment restés actives sans qu’elles aient pu être colmatées. Mais le Fram fait bonne figure, il faut certes garder les pompes en action, mais l’équipage rentre sain et sauf à Tromsø.

Nansen avait pris un navire le ramenant à Vardø puis un autre pour rejoindre Tromsø. Les deux parties de l’équipage arrivent à quelques jours d’intervalle!

Carte de la route de Nansen et des débris de la Jeannette (cliquer pour agrandir)

Expédition Andrée disparue dans les glaces

Adrian Mohr

Svalbarð, Océan Atlantique

Période des voyage 1896-1897, date de parution 1930. Original allemand.

Environ 120 pages, illustré en photos. Documentation de l’expédition en aérostat vers le pôle nord par Salomon August Andrée. Titre allemand: “33 Jahre verschollen im Packeis”, Textes anglais et suédois sous d’autres formes disponibles. Il n’y a sans doute pas de version française de ce texte.

Ce livre retrace de manière assez nationaliste et héroïque l’expédition en aérostat vers le pôle nord. Le livre, l’expédition et le personnage sont curieux. Cette expédition était unique par son moyen de locomotion en ballon, elle a été un échec cuisant et pour finir les membre de l’équipage sont restés introuvables 33 années durant. Lors de la découverte de leurs dépouilles en 1930, on a monté les membres de l’expédition en héros nationaux suédois. Cependant les prémisses météorologiques et techniques étaient complètement erronées dès le départ.

Salomon August Andrée se met en tête d’honorer sa nation dans la course vers le pôle. En effet, la Suède n’a rien à présenter à ce palmarès. Il expérimente longtemps avec des aérostat gonflés à l’hydrogène et trouve une manière de les diriger avec des longs câbles touchant le sol (servant en quelque sorte de quille) et des petites voiles sur les côtés du ballon pour dévier de la direction du vent. Il dit pouvoir se dévier ainsi d’une quinzaine de degrés, chose qui ne pouvait jamais être reproduit par la suite. Il trouve quand même les fonds nécessaires pour laisser construire un aérostat à Paris. On croit pourvoir résoudre le problème des fuites d’hydrogène avec plusieurs couches de soies imbibés d’un caoutchouc spécial: Mais dès le gonflement à Danskøya sur Svalbarð, la perte d’hydrogène est énorme. Andrée cache ce fait. L’expédition ne peut pas partir en été 1896 parce que le météo est trop mauvaise. On fait agrandir le ballon et étancher l’enveloppe à Paris, mais on n’annule pas l’expédition.

Il revient en 1897 avec un aérostat plus grand, mais qui n’est pas plus étanche que l’ancien. On attend cependant les fameux vents du sud, devant porter le ballon vers le nord. Ces vents sont la deuxième erreur grave d’Andrée. Ils existent effectivement dans les fjords des côtes nord de l’Arctique, ce sont cependant des vents descendants qui arrêtent de souffler à quelques kilomètres de la côte. Il en est averti par Fritjof Nansen en personne qui revient de trois années passés dans les glaces dans cette zone. Mais Andrée ignore cet avertissement.

Son ballon part le 11 juillet et il est emporté en direction nord-est. Au décollage, il perd les câbles destinées à le guider. Dès les premiers jours, il perd de l’altitude à cause de la fuite d’hydrogène. Trois jours après, il est forcé de se poser sur la banquise, le ballon ne les porte plus. À ce moment, les hommes avaient balancé la plupart des vivres et du matériel par dessus bord. Ils ont franchi un peu plus de 2° vers le nord et 4° vers l’est en faisant une grande boucle le dernier jour de vol. En deux mois ils arrivent à rejoindre une île de la Terre François-Joseph, mais y périssent quelques jours plus tard pour des raisons inconnues.

Des recherches sont lancés, mais durant leur vol ils avaient lâché des pigeons voyageurs et des bouées avec des messages encourageants et des coordonnées erronées. Leur abri très bas est vite couvert par la neige et le reste durant 33 ans. Divers équipes de recherche et des expéditions marchent directement sur le site, mais ne reconnaissent rien. Des pêcheurs découvrent 33 ans plus tard des débris de bois et les os rongés par les ours et le renards polaires.

Une femme allemande en Afrique orientale

Magdalene von Prince

Tanzanie

Période du voyage 1896-1914, date de parution 1903. Original allemand.

Environ 240 pages, avec photos.Titre allemand: “Eine deutsche Frau im Innern Deutsch-Ostafrikas”, sous-Titre: “Elf Jahre nach Tagebuchblättern erzählt”. Il n’y a sans doute pas de version française de ce texte.

Journal d’une femme colonialiste dans les terres intérieures de l’Afrique orientale allemande. La famille finit par s’installer dans les Monts Usambara au nord de la Tanzanie actuelle. Le récit est agencé comme une promotion du territoire. En effet, la colonie allemande n’était crée que dans les années 1880 et manquait de colons. Elle vante les avantages de s’installer ici, le climat et l’abondance de main d’œuvre. Or comme elle décrit aussi honnêtement ses déboires avec l’acheminement, les guerres entre et contre les clans et les maladies, on peut douter du grand effet de son scoop publicitaire. Il faut cependant reconnaître que cette femme avait beaucoup de courage: restée d’abord seule en Allemagne, elle suit son mari fanatique anti-noirs et en guerre contre le peuple Hehe pour le compte de la nouvelle puissance coloniale allemande. Par la suite aussi, son mari part souvent en guerre et elle s’occupe seule de la plantation.

Ce récit se lit comme un blog de voyage et prend une tournure de plus en plus réaliste. Les débuts sont arrangés un peu comme un régiment allemand, mais assez vite les éléments et la mentalité des populations colonisées et tenus bêtes rattrapent ce couple bien germanique. Se considérant supérieurs et écrivant pour un public allemand qui est raciste comme l’ensemble de l’Europe d’avant guerre, l’auteure admet quelques fois que “les noirs sont doués”, qu’il “faut les éduquer”, etc. Il faut cependant savoir que la famille Prince était des colons purs et durs envers les noirs et que leur plantation était loin de faire des gros bénéfices. En 1914, son mari sera tué dès les premiers affrontements entre régiments britanniques et allemands en Afrique orientale.

Routes de voyage de la famille Prince (clique pour agrandir)

“Tokio – Berlin”

Jintaro Omura

Japon, Chine, Indonésie, Sri Lanka, Suez, Gênes

Période du voyage 1901, date de parution 1903. Original allemand.

Environ 130 pages, quelques photos et quelques gravures. Titre complet: “Tokio – Berlin, Von der japanischen zur deutschen Kaiserstadt”. Il ne semble pas exister de texte en français.

Un professeur d’allemand de nationalité japonaise décrit son passage maritime sur un navire de poste de l’empire allemand du Japon vers l’Allemagne avec toutes les étapes de ce vapeur rapide. Ce voyage dure un mois et se termine à Gênes, d’où l’auteur prend le train pour se rendre à Berlin, ses bagages faisant le tour par Gibraltar et la Mer Baltique. Le récit est simple, mais il décrit des ports et des situations de voyage qui nous sont désormais inconnus. Ainsi il n’y a presque pas d’installations portuaires, les grands paquebots restent dans des rades naturelles et le chargement et le déchargement de marchandises et de personnes se fait par des petites chaloupes. Omura voyage certes sur une ligne régulière, mais les aléas et les risques du voyage sont encore très présents.

“Une femme dans la nuit polaire”

Christiane Ritter

Spitzbergen

Période du voyage 1934-1935, date de parution 1938, traduction française 1952

Environ 180 pages (mais police très grande), avec une carte et des dessins. Titre allemand: “Eine Frau erlebt die Polarnacht”. Le livre est disponible en numérique en français, cependant pas encore gratuitement.

Journal d’une femme qui part avec son mari et un collègue vivre un hiver au nord de l’Île de Spitzbergen: Ce n’est pas une expédition dans une zone inconnue puisqu’ils logent dans une cabane de chasseurs de phoques déjà existante. Cependant nous sommes encore dans les années 1930, l’isolement est extrême et en cas de problème aucun secours n’est à attendre. En théorie cette expérience peut être vécue de tout le monde encore de nos jours, les paramètres externes n’ont pas trop changés. La cabane qu’ils avaient habitée existe toujours à son emplacement d’origine.

Au fond au centre se trouve Gråhuken (Andrée Land)

Livres de voyages imaginés

Aux temps des explorateurs, il y avait aussi des auteurs qui écrivait des livres fantastiques, mais sur un fond plus ou moins réaliste, voire théoriquement réalisable. Jules Verne en est le membre le plus connu, mais il y en a d’autres plus ou moins oubliés de ces jours. Contrairement à Jules Verne, qui n’a jamais voyagé, il y a aussi des auteurs ayant au moins quelque rapport avec le thème ou la région traitée.

Il n’est pas facile de délimiter ces livres des voyages réels, ainsi on pourrait aussi y citer le Comte de Monte-Cristo, où Alexandre Dumas donne une description très réaliste de lieux comme Marseille, Paris et l’Italie.

“Les français au Pôle nord”

Louis Boussenard

Date de parution 1892. Original français.

Roman fiction, environ 360 pages, illustré par des dessins réalistes.

Louis-Henri Boussenard est un auteur de romans d’aventures, ici il prend les récits de tentatives réelles vers les pôles pour les colorer à la sauce nationaliste française. Il décrit une course effrénée vers le pôle nord entre un équipage purement français et un bateau allemand. Bien sûr, le navire français arrive au pôle, y périt presque et survit grâce à une découverte de viandes gelés fossiles. Les descriptions sont très réaliste dans le détail, mais dans le grand cadre il manque beaucoup aux préparatifs et l’auteur sacrifie beaucoup à cette course vers le nord qui n’aurait jamais pu avoir lieu de la sorte. Il a cependant raison de prétendre que le pôle nord est couvert de mer et de glace.

 “Le Tour de France en aéroplane”

Henry de Graffigny

Date de parution 1910. Original français.

Roman fiction, environ 380 pages, plusieurs gravures. Édité sans doute vers 1910, le vrai nom de l’auteur est Raoul Marquis. Texte en français moderne.

Au 19e siècle et aussi au début du 20e siècle, les romans fictions au ton réaliste sont fréquents. Cette description d’un tour de France en avion est à ranger dans ce genre où excella Jules Verne. Cependant ce récit est tout a fait plausible et il servait à l’époque de vulgariser l’aviation, que se soit en aéroplane (avion) ou aéronef (dirigeable).

L’histoire est axé sur un groupe de riches aventuriers qui forment un club aéronautique pour la promotion de ce moyen de locomotion. Leur coup publicitaire est un tour par étapes à travers toute la France en faisant halte dans des châteaux de renom et près de villes pittoresques. Le tout est décrit comme une preuve de fiabilité de l’aviation. Pour augmenter un peu le suspense de ce récit sinon assez linéaire, l’auteur à inventé un concurrent qui veut prouver la supériorité des dirigeables (par des moyens pas toujours honnêtes).

Le texte ouvre la vue sur les débuts de l’aviation, leur technique très élémentaire dans les débuts, l’élitisme de ceux qui s’adonnaient à ce nouveau sport et le scepticisme d’une partie de la population envers ces oiseaux mécaniques.

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