Voyage aux Îles Françaises de l’Amérique

Un vrai voyage dans la série des Livres de voyages anciens.


Jean-Baptiste Labat

Îles Caraïbes

Période des voyages 1694-1705, date de parution 1722. Original français.

Environ 200 pages, pas d’illustrations. Publié sous le nom de R. Père Labat. Écrit en français assez moderne.

Version numérique sous divers formats: Labat, R. P. : Voyage aux îles françaises de l’Amérique.

Ce simple religieux est envoyé à ces îles colonisés par la France pour “l’éducation et le suivi spirituel” des colons. Diverses congrégations catholiques se concurrencent et celle qui s’implante la première dans un hameau y érigera plus tard une première église et s’imposera.  L’auteur décrit son voyage qui dépend entièrement de sa fonction. Il passe la plupart du temps en Martinique et sur Basse-Terre en Guadeloupe, mais il entreprend aussi des voyages dans divers îles de la Mer Caraïbe indépendamment de leur nationalité (française, britannique, néerlandaise ou indigène).

Ce livre ouvre surtout les yeux sur deux thèmes rarement traités de cette manière si directe et franche:

  • La fonctions des congrégations catholiques dans la colonisation: souvent ce sont les premières qui arrivent avec ou peu après les colons, elles organisent des structures et donnent quelque éducation aux enfants (soumettre tout le monde au baptême semble essentiel). L’autorité de l’état est très souvent absente ou en cas de guerre elle contrevient à l’action des églises. Il ressort cependant du récit que la colonisation n’aurait pas été possible sans le concours massif des églises, ce sont ces prêtres qui ont maintenu les voies de communication, souvent ils étaient aussi impliqué directement dans le commerce, le trafic et et la traite négrière.
  • Les colons sont décrits dans ce livre comme des gens normaux de toutes sortes d’origine qui s’enrichissent assez rapidement dans les Îles. On voit aussi très clairement que ce n’est possible qu’avec les esclaves. Le Père Labat donne certes quelques conseils à peu près humains (comme de les nourrir convenablement), mais il ne réprime jamais un colon pour ses cruautés envers les populations esclaves. Il se borne à remarquer que ce “n’est pas économe de maltraiter ses esclaves”, le tout est accompagné de prix des esclaves et mis en relation avec les bénéfices des sucreries. L’incompréhension et le manque d’empathie de l’auteur ecclésiastique ressort surtout dans une scène où il décrit qu’un de ses propres esclaves se laisse effectivement mourir par le du mal du pays (le Ghana). Il s’agit d’un garçon n’ayant même pas atteint l’âge de l’adolescence.

Ces vérités sont décrites comme “normales” et elles l’étaient sans doute dans ce temps. Le peu de réflexion, de la part d’un prêtre paraissant sinon assez humain, laisse cependant perplexe. Hormis ces passages peu plaisants, on retrouve dans les descriptions des lieux que l’on connaît peut-être de ses passages lors des vacances. Beaucoup de noms datent de ce temps et sont expliqués dans ce livre (comme par exemple “Vieux-Habitants”).

Vue du mouillage de la ville de Basse-Terre en Guadeloupe en 1776 par Nicolas Ozanne.

Carte de Guadeloupe par Boisseau de 1673, donc au temps où Jean-Baptiste Labat arrive aux Îles

Cases des esclaves de l’habitation de la Grivelière, fondée et dirigée par des moines. Vue des restaurations en 2017.

La Soufrière vue du Gosier en 2017

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