Robinson Crusoe

Un voyage imaginaire dans la série des Livres de voyages anciens.


Daniel Defoe

Date de parution 1719. Original anglais, traductions en une multitude de langues et même plusieurs dans la même langue.

Roman fiction, environ 2x 250 pages, sans illustrations dans les versions anciennes.

Version numérique sous divers formats de la traduction de Petrus Borel de 1836: volume 1 et volume 2. Cette version contient en préface et en notes une discussion risible mais inutile sur la traduction de 1720 par Saint-Hyacinthe et Van-Offen.

Daniel Defoe réussit un double exploit avec ce roman:

  1. C’est le premier vrai roman d’aventure de tous les temps. Avant lui, les livres étaient tous axés sur le christianisme, le chevalerie et la classe régnante ou bien il s’agissait de “relations” plus ou moins floues de régions et de thèmes (comme la médecine). Le récit est placé dans le temps des corsaires, mais il n’en fait pas le centre de l’histoire. Il se détache par le style assez réaliste de tous les livres de son temps.
  2. Avec Robinson Crusoe, Defoe crée le naufragé par excellence, le nom de cet héros de roman est depuis le synonyme de tout homme perdu sur une île déserte. L’identification avec Robinson Crusoe est si avancée et le récit pratique si réaliste que l’on est tenté de prendre ce récit comme authentique.

L’histoire est basée sur une événement similaire arrivée à Alexander Selkirk au début du 18e siècle, mais Defoe y change beaucoup de faits, le lieu et ajoute une multitude de facettes nouvelles. Même si quelques détails décrits semblent invraisemblables (comme la construction d’une énorme pirogue qui ne peut pas être transporté à la mer), la plupart des événements et problèmes décrits semblent réalistes. Le récit est chronologique, mais comme il s’étale sur plus de 28 ans, il y a des volets en arrière et des annonces renvoyant à des chapitres en amont. Ce n’est pas seulement un effet de style, cela découle aussi de la lenteur de la vie dans l’île: certaines entreprises durent des semaines, des mois, voire des années et beaucoup de tâches sont strictement répétitives.

Le récit ne débute pas sur l’île, une préface de plusieurs chapitres veut expliquer comment le héros en est arrivé là et comment il a quand même trouvé une certaine sérénité dans sa réclusion. C’est peut être le seul point négatif de ce roman: l’auteur rabaisse son héros en le faisant fuir sa maison paternelle par l’envie d’aventure et cette envie est décrite de manière très négative. Le scénario y joint une multitude d’épreuves: dès le départ un premier échouage sur la route vers Londres, quelques années d’esclavages au Maroc et d’autres déboires avant d’échouer sur l’île déserte. Il retrouve une croyance en un dieu dans la solitude et la désolation (surprise), aidée par une bible rescapée du naufrage (re-surprise). Ce procédé semble être dû au mœurs du temps de l’auteur, cependant la solitude et la retraite qui en découlent auraient suffis à elles-mêmes pour étoffer le récit.

Avec le découverte d’anthropophages et le sauvetage de “Vendredi”, Defoe nourrit les descriptions exagérés d’anthropophagie en Amérique du Sud. Cela entretien le suspens, mais cela nuit au réalisme du récit.

Robinson et “Vendredi”, lithographie colorée de 1874 dans un livre anglais de l’éditeur Currier & Ives.

Après la description répétitive des  taches et l’accroissement des intervalles, l’héros a passé plus de 20 ans seul dans l’île. Vers la fin du premier tome les éventements décrits s’accélèrent cependant. Robinson voit un prisonnier débarqué sur l’île par des “sauvages”, il sauve ainsi son premier compagnon, Vendredi. Ce sera pareil avec un espagnol plus tard. Il apprend ainsi que plusieurs espagnols vivent un peu plus loin parmi les autochtones après un naufrage. Il organise leur venue dans son île, mais en même temps débarque un navire britannique mutiné avec lequel il rentre en Grande Bretagne où il décrit en détail son retour. Aucun commentaire sur les espagnols qui devaient venir, pas d’autres perspectives puis sut la fin. On reste un peu sur sa faim.

Le tome deux reprend ce fil, l’héros passe une dizaine d’années en Grande Bretagne, fonde une famille et établit une ferme. On se demande à quoi se tome va mener. Il repart finalement vers son île sur un coup de tête et il part gérer sa colonie. Ce deuxième tome est beaucoup moins soigné, moins bien structuré et l’auteur de perd dans des détails (comme des chapitres entiers en pure propagande religieuse). Cela rappelle un peu les films “best seller”, qui, avec le succès rajoutent une suite qui atteint rarement le niveau de l’œuvre initiale.

Il est donc un peu triste que la première partie n’aie pas de fin convenable, on pourrait alors se passer plus aisément du deuxième volume.

Carte imaginaire de l’île de Robinson tirée d’un livre de 1720.

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